Chopin l'intemporel

26 mars 2017

Témoignage, par Sophie Leo

"Qui n'a connu Chopin ne pourra jamais imaginer un être tel que lui ni concevoir à quelle exaltation l'âme, avant la délivrance de son enveloppe terrestre, peut s'élever. Qui n'a entendu ses compositions jouées par lui ne se figurera jamais comment la plus pure inspiration, sans égard aucun pour l'usage, la louange ni le blâme, se laisse emporter par les ailes du génie. Chopin était lui-même, certainement le premier, à jamais l'unique en son genre, probablement [...]

Sa personne était délicate, gracieuse, des plus attachantes ; l'homme tout entier n'était qu'un souffle, un être plus spirituel qu'incarné et, comme son jeu, pure harmonie. Sa parole aussi était semblable à son art : douce, aérienne, bruissante (weich, schwebend, rauschend). De père français et de mère polonaise,  les inflexions romanes et slaves se trouvaient réunies chez lui dans le plus pur accord. A peine semblait-il toucher le piano ! [...] Et avec ce talent qu'il était seul au monde à posséder,  Chopin était obligeant, modeste, sans nulle prétention ! Ce n'était pas un pianiste de l'école moderne ; il avait créé son art entièrement seul selon sa conception, et c'était quelque chose d'indescriptible.

Au salon comme dans la salle de concert, il s'avançait doucement, modestement vers le piano, se contentait du premier siège venu, montrant d'emblée par la simplicité de sa tenue vestimentaire et par le naturel de son maintien combien toute contorsion, tout charlatanisme lui était contraire. Sans aucun préambule, il livrait immédiatement son jeu plein d'âme et profondèment senti. Pour donner libre cours à son talent, il n'avait besoin ni d'une longue chevelure tombant sauvagement, ni de lorgnons, ni de coquetterie en face du public. Ce talent, il le produisait avec art - non avec artifice, magnifié spirituellement - et non déformé par la singerie." [...]

Sophie Leo (Erinnerungen aus Paris)

 

Sophie Leo, épouse d'Auguste Leo, banquier hambourgeois établi à Paris entre 1817 et 1848. Les Leo tenaient un salon musical réputé que fréquentaient notamment les musiciens allemands en séjour ou de passage à Paris : Meyerbeer, Mendelssohn, F. Hiller, Hallé, Clara Wieck, St. Heller et Moscheles, qui y fit la connaissance de Chopin en octobre 1839. Pendant toute la durée de son établissement à Paris, Chopin fut très lié avec Auguste Leo, son homme d'affaires et son intermédiaire dans bien des cas auprès d'éditeurs allemands et anglais. La Grande Polonaise brillante op. 53 lui est dédiée.

 

Source : Chopin vu par ses élèves, de Jean-Jacques Eigeldinger

 

 

 

Posté par Carmen Desor à 00:32 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,


04 mars 2017

Zelazowa Wola, la maison natale de Chopin

 

Zelazowa Wola 11 intérieur 1

  

C'EST ICI QUE TOUT A COMMENCE, DANS CETTE ALCOVE, UN 1er MARS 1810... 

 

Si les touristes du monde entier visitent avec silence et respect une gentilhommière polonaise qui a retrouvé à l'occasion du bicentenaire de Chopin la blancheur de ses murs et la nudité de ses pièces, il faut savoir que la maison natale du compositeur était bien différente : plus simple, plus humble (quoique la simplicité et l'humilité du lieu ont été préservées avec beaucoup de soin)... une petite maison des communs, annexe du manoir des Skarbek, où l'on avait logé dans le temps un professeur de français et sa femme. "On installa le jeune couple dans une des dépendances du château, dans cette petite maison au perron de bois, au toit élevé, dont les tuiles avaient perdu leur couleur" .  "A droite, dans un logement composé de trois pièces, si basses qu'on peut toucher le plafond du doigt, vivait, au commencement du siècle, un homme d'une trentaine d'années, brun, à l'oeil vif, au visage fraîchement rasé. On le trouvait chaque soir penché sur un livre. De temps à autre, le vagissement confus d'un enfant au berceau, arrivant de la pièce voisine, lui faisait interrompre son labeur. Ce nouveau-né était Frédéric Chopin, et cet homme aux traits réfléchis, au regard ferme et intelligent, Nicolas Chopin, son père, fixé depuis une vingtaine d'années en Pologne (Comte Wodzinski - Les trois romans de Frédéric Chopin).

 

Zelazowa Wola 125 vue ancienne recadrée

 

Zelazowa Wola dessin Lenc 1891

 

 

 

 

Zelazowa Wola, par Chelmicki d'après Jaworski 1870

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Zelazowa Wola se situe à 54 km à l'ouest de Varsovie. On peut s'y rendre à pied depuis Sochaczew, par une allée classée. L'appellation du village provient du nom de ses premiers propriétaires au 16ème siècle : Mikolaj et Piotr Zelazo.

Les propriétaires suivants furent la famille Paprocki.

Fin 18ème siècle, le manoir fut construit.

En mai 1798, les Skarbek achètent Zelazowa Wola à Piotr Luszczewski.

En 1801, le Comte Kacper Skarbek s'enfuit en laissant d'énormes dettes. La propriété est reprise par sa femme la Comtesse Ludwika Skarbek.

En 1802, la Comtesse Skarbek engage Nicolas Chopin pour l'éducation de son fils Fryderyk. Au manoir, Nicolas tombe amoureux d'une cousine des Skarbek, intendante au château : Justyna Krzyzanowska.

En 1806, Nicolas et Justyna se marient.

En 1807 naît leur première fille, Louise (Ludwika).

En 1810 (le 1er mars) naît Fryderyk (ainsi nommé en l'honneur de son parrain Fryderyk Skarbek).

Chopin n'avait que six mois lorsqu'il quitta Zelazowa Wola pour Varsovie en 1810, mais il revenait y faire des séjours pour les fêtes ou pour les vacances, et revint y faire ses adieux à la fin de l'été 1830.

Entretemps, le domaine de Zelazowa Wola est repris par les fils de la Comtesse : d'abord Fryderyk, puis en 1825, Michal.

En 1834, Michal Skarbek, endetté, se suicide. Le village, avec les bâtiments du domaine, passe dans des mains étrangères : Franciszek Kwiatkowski, Jozef Wisniewski (jusqu'en 1842), Henryk Peszel (jusqu'en 1856) et Pawel Jaworski.

De 1859 à 1878, le propriétaire de Zelazowa Wola, A. Towianski, fit ajouter un porche d'entrée à la maison des Chopin, qu'il fit entièrement restaurer afin de commémorer le lieu de naissance du génial compositeur. Les premiers projets d'un lieu d'hommage à Chopin commencent à poindre.

En 1879, Aleksander Pawlowski devient propriétaire. Indifférent à Chopin et aux projets d'hommage, il installe dans la maison ... un entrepôt ! L'état de la maison devient lamentable. Les milieux artistiques commencent à se manifester. Le compositeur russe M. Balakirev, admirateur de Chopin, se rend à Zelazowa Wola et aborde publiquement la question de l'état déplorable de la maison.

En 1894, on inaugure à l'initiative de M.Balakirev le premier monument à Chopin : un obélisque.

 

Zelazowa Wola 120 vue ancienne recadrée

Zelazowa Wola 1190 vue ancienne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pendant la première guerre mondiale, les bâtiments du château furent incendiés (sauf la maison de Chopin, miraculeusement préservée), et le domaine partagé entre les paysans en 1918. Le parc et la maison de Chopin furent attribués à R. Szymianowski, qui abattit une partie des arbres.

A la fin des années 1920, l'Association des Amis de la Maison de Chopin (créée en 1926) et le Comité Chopin de Sochaczew rassemblent de l'argent et rachètent la maison et le parc. On plante dans le parc arbres et plantes exotiques, et la maison est restaurée et meublée de nombreux objets classés d'époque (dont un piano droit Pleyel).

  

Zelazowa Wola 126 vue ancienne travaux recadrée

 

La maison, appellée désormais "manoir" et devenue musée, est ouverte au public le 17 octobre 1931 (date anniversaire de la mort de Chopin). 

Durant la deuxième guerre mondiale, la maison est pillée, les alentours dévastés. Il fallut tout recommencer à zéro. 

De 1950 à 1952, le manoir fut administré par le Musée National. 

A partir de 1953, la responsabilité du manoir fut confiée à la Société Frédéric Chopin de Varsovie. 

En 2005, l'Institut National Chopin prend le relais, et devient propriétaire des lieux en 2009. Il agrandit et revalorise le parc, installe un pavillon pour des concerts et un nouveau centre d'information.

 

DSCF3688

  

Zelazowa Wola 40 intérieur

 

Zelazowa Wola 44 intérieur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

Posté par Carmen Desor à 00:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

25 février 2017

Jeanne Clésinger, fille de Solange

 

 

Jeanne Clésinger

 

Née le 10 mai 1849, Jeanne-Gabrielle est la seconde fille de Solange Sand-Clésinger (sa première fille -prénommée également Jeanne-  n'ayant vécu qu'une semaine).

Solange écrit à Chopin le 14 mai : "Mon petit Chopin, j'aurais voulu Vous faire part de ma joie beaucoup plus tôt mais j'étais si fatiguée que je ne l'ai pas pu. J'ai une grosse fille aussi énorme que l'autre était petite. Je ne saurais Vous dire  si elle est laide ou jolie ; moi, je la trouve adorable ; il ne peut en être autrement. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle n'est ni bossue ni boiteuse et qu'elle se porte à merveille. Cependant elle est bien moins jolie que la première. Celle-là était trop jolie pour vivre."

Chopin lui fit remettre ce billet : "Un ami bien malheureux vous bénit et bénit votre enfant.  Il faut espérer que l'avenir vous réserve d'autres gages de consolation et des faveurs. Jeunesse oblige. C'est-à-dire il faut absolument être heureuse et conserver votre bon souvenir à ceux qui vous aime."

Jeanne disparut à l'âge de six ans, alors que ses parents étaient séparés depuis plusieurs années. Elle est enterrée dans le petit cimetière privé de Nohant, près de sa mère Solange.

 

DSC08972

DSC01054

 

 

 

Posté par Carmen Desor à 23:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Monument Chopin au Parc Monceau à Paris

DSC00392

DSC00394

DSC00395

Posté par Carmen Desor à 01:07 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

06 février 2017

Neveux et cousins de Chopin

Frédéric Chopin a eu trois soeurs : Ludwika, Izabela et Emilia. Seule Ludwika eut des enfants (trois fils et une fille). De ses trois fils (Henryk, Fryderyk et Antoni), seul Henryk eut un fils, mort en 1918 sans laisser de descendance.

Par contre, sa fille Ludwika Magdalena eut huit enfants avec son mari Ludwik CIECHOMSKI : Jozefa Bronislawa, Laura, Ludwik, Mateusz Dominik, Maria Izabela, Antoni, Henryk et Izabella.

Ce sont des neveux, petits-neveux, et arrière-arrière-petits-neveux - Chopin n'ayant officiellement pas eu d'enfant- qui perpétuèrent dans leurs gènes l'être de chair et de sang que fut Frédéric Chopin. Et voici leurs visages...

Photos des neveux de Chopin

 

Famille de sa soeur Ludwika  (famille Jendrzejewicz - Ciechomska)

 

Ludwika Ciechomska

 

Voici Ludwika Ciechomska (la dame du milieu) (1906-1972), fille d'Antoni Ciechomski et arrière-petite-fille de la soeur aînée de Chopin (Ludwika Chopin-Jendrzejewicz)

Photo des années 1950, prise à Zelazowa Wola. Ludwika Ciechomska est en compagnie de la grande artiste française Valentine Tessier

Photo descendante de Chopin

Krystyna Ciechomska-Gołębiewska, en 2006

(photo Magdalena Moss)

Elle est la plus proche parente qui était encore en vie en 2006 de Frédéric Chopin, en ligne droite avec la soeur aînée de celui-ci.

Krystyna Ciechomska-Gołębiewska descend d'Antoni CIECHOMSKI dont elle est la petite-fille.  Son père est Henryk Waclaw Antoni CIECHOMSKI et sa mère Eugenia z POSTNIKOWOW.  Elle est donc l'arrière-arrière-petite-fille de la soeur aînée de Chopin (Ludwika Chopin-Jedrzejewicz), et l'arrière-arrière-petite-nièce du compositeur Frédéric Chopin.

Elle assiste aux plus grands événements de Chopin en Pologne, y compris le Concours International de Piano du même nom. Née le 17 avril 1933 à Varsovie, elle arriva à Gdansk avec sa mère après la guerre. Elle est diplômée de la célèbre "Topolowka" et de l'Université de Gdansk.  Elle se marie en 1960 avec Andrzej Aleksander Gołębiewski, à Gdynia où elle vivait toujours en 2006.

Marie Claude Lamy

 

Il reste actuellement une nombreuse cousinade (plusieurs dizaines de familles) en Lorraine et éparpillée sur plusieurs continents. Marie-Claude Chopin-Lamy (ci-dessus) est une arrière-arrière-petite-cousine de Frédéric Chopin en descendance directe de l'un des frères (oncle de Frédéric) de Nicolas Chopin.

 

Posté par Carmen Desor à 23:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


04 février 2017

Le 1er logement du père de Chopin, Nicolas, à Varsovie

1er domicile de Nicolas Chopin à Varsovie photo de 1858Couverture

1er domicile de Nicolas Chopin à Varsovie photo de 1858

1er domicile de Nicolas Chopin commentaire

Photo d'époque (1858) : le logement de Nicolas Chopin jouxte l'Eglise Sainte Croix (juste derrière la tête du cheval sur la photo)

Ce bâtiment, occupé par les Pères Missionnaires, fut construit en 1784. Il avait deux étages et un toit mansardé. Un étage supplémentaire fut ajouté en 1900, modifiant sa physionomie. La reconstruction rendra à l'immeuble son aspect original.

Deux chercheurs, Piotr Mislakowski et Andrzej Sikorski, ont fait une découverte inhabituelle. Sur la base d'un recensement de la population par la paroisse Ste Croix en 1791, ils établirent que c'était là que vivait le futur père de Fryderyk -le jeune Nicolas Chopin. C'était probablement sa première adresse à Varsovie.  

Le bienfaiteur de Nicolas était Adam Weydlich, administrateur des propriétés de l'aristocrate polonais Michal Pac à Marainville. sa ville natale en France. C'est Weydlich qui fit venir Chopin en Pologne en 1787, lui trouva un emploi dans une usine de tabac et, suite à la fermeture de celle-ci, engagea Nicolas comme précepteur de ses enfants, Henryka et Michal.

 

Eglise Ste Croix détruite

Les ravages de la Deuxième Guerre mondiale : ici, ce qui restait de l'Eglise Sainte Croix à la fin du conflit

DSCN4920 (2)

 

L'Eglise Ste Croix et le logement de Nicolas Chopin, aujourd'hui, après la reconstruction

Posté par Carmen Desor à 17:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

03 février 2017

La souplesse de Chopin

Poznan moule main gauche Musée Instruments de Musique - Copie

 

La souplesse physique de Chopin était légendaire, notamment telle qu'il la déployait dans ses fameuses pantomimes improvisées. Au dire de Gutmann, il était capable de passer ses jambes par-dessus ses épaules. Stephen Heller constate "quel étonnant spectacle c'était de voir une de ses petites mains s'étendre pour couvrir un tiers du clavier [dans des formules en arpèges !] : c'était comme un serpent qui ouvre la gueule, s'apprêtant à ne faire qu'une bouchée d'un lapin. Au vrai, Chopin semblait être de caoutchouc". Enfin, Mme Peruzzi remarque : "Ses doigts semblaient n'être que chair et muscles ; aussi leur élasticité lui permettait-elle des effets tout à fait extraordinaires".

 

 Extrait de "Chopin vu par ses élèves" de J.J. Eigeldinger

 

 

Posté par Carmen Desor à 23:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

01 février 2017

Chopin présentait un caractère morbide

 

16113294_1426045890739840_4564683138962287804_o

 

Chopin présentait un caractère morbide. "Un médecin, de nos jours, diagnostiquerait une schizoïdie bénigne, c'est-à-dire l'abstraction du contact avec le monde réel. "Je voyage en d'étranges espaces", écrit Chopin, donnant sans le savoir la plus exacte définition du phénomène de la création artistique, c'est-à-dire de l'évasion dans un monde clos, qui n'a rien à voir avec notre univers tangible.

 

Pathologiquement parlant, Chopin est-il schizophrène, schizoïde ou simplement psychasthénique ? Le symptôme essentiel des schizophrènes est de présenter une rupture du contact avec la réalité, les malades ne vivant plus que dans un monde intérieur. Les schizoïdes ont la faculté de s'isoler de l'ambiance. La psychasthénie se caractérise par l'indécision de l'esprit, une tendance aux appréhensions instinctives et irraisonnées."

  

Bernard Gavoty (Chopin, chez Grasset)

 

 

 

Posté par Carmen Desor à 23:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Les domiciles parisiens de Chopin

plan

Posté par Carmen Desor à 23:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

31 janvier 2017

Interpréter Chopin

 

Couverture_Biegas - Copie

 

 

"Beethoven mal joué est ennuyeux ; Chopin mal joué est insupportable." Cette affirmation péremptoire de Dominique Jameux résume une indubitable constatation : la poésie exaltée qui fonde l'art musical de Frédéric Chopin peut facilement se défaire en une mièvre sensiblerie, tout comme elle permet, si elle est magnifiée par des mains et un esprit aguerris, de tendre à l'état de grâce. Celui-ci fut heureusement approché à plusieurs reprises, l'oeuvre chopinienne occupant depuis son origine une place de prédilection dans la formation et le répertoire des virtuoses du piano.

 

De son vivant, Chopin s'entoura des meilleurs pianistes de son temps qui défendirent et diffusèrent sa musique hors des cercles étouffants de la mondanité et au-delà des frontières de la France, tels Ferdinand Hiller (1811-1885), George Osborne (1806-1893), qui, dans ce répertoire, suscitait l'admiration d'Hector Berlioz, Clara Schumann, née Wieck (1819-1896), l'une des premières à répandre les créations du maître polonais en Europe, ou encore Franz Liszt (1811-1886), qui poursuivit entre 1839 et 1847 une éminente carrière de concertiste dans un répertoire s'étendant de Johann Sebastian Bach à Chopin dont il appréciait notamment l'originalité compositionnelle. A sa suite, d'autres célèbres pianistes-compositeurs trouvèrent en Chopin l'une des voies privilégiées de leur expression, dont Ignacy Jan Paderewski (1860-1941), qui surfa sur la vague du nationalisme pour susciter l'enthousiasme à chacune de ses exécutions de la musique de son compatriote, et Serge Rachmaninov (1873-1943), doté d'une maestria légendaire du plus bel effet dans le répertoire chopinien, particulièrement la Deuxième Sonate, bien que n'hésitant pas à s'octroyer quelques libertés vis à vis de la partition afin d'y exprimer sa vision toute personnelle.

 

Quelques disciples de Chopin transmirent les secrets de sa technique pianistique, faisant ainsi école. Emile Descombes et Georges Mathias formèrent au Conservatoire de Paris Alfred Cortot (1877-1962), qui, bien que possédant un répertoire immense, fut surtout acclamé pour sa compréhension sensible de la musique romantique et chopinienne avant d'être vilipendé par les modernistes durant les années 1950-1960,  lui préférant "l'objectivité" d'un Maurizio Pollini. Pédagogue réputé, A. Cortot enseigna au sein de ce même conservatoire et travailla avec trois pianistes qui excellèrent dans l'interprétation de Chopin : Vlado Perlemuter (1904-2002), personnalité effacée qui tenta de réhabiliter le Chopin authentique, sans langueurs ni artifices ; Samson François (1924-1970), incarnation de la verve rhapsodique encensée par Vladimir Jankélévitch, qui se démarqua par son incroyable pouvoir narratif, l'expressivité de son chant et sa spontanéité enfantine ; Dinu Lipatti (1917-1950), le miraculeux, seul pianiste au monde pouvant "se flatter de rejoindre à ce point l'auteur qu'il interprète", atteignant une perfection jugée "inégalable" (Camille Bourniquel). Karol Mikuli, autre élève de Chopin à Paris dans les années 1840, tenu en profonde estime par ce dernier qui en fit son assistant et son copiste, légua son héritage à l'oublié Raoul Koczalski (1884-1948), considéré comme l'un des meilleurs pianistes polonais de sa génération et comme "le plus pur représentant de la tradition chopinienne" (Philippe Morant).

 

Depuis 1927, quelques prodigieux talents furent découverts et consacrés par le Concours international de piano Chopin, particulièrement entre 1955 et 1975. Retenons Vladimir Ashkenazi (né en 1937), la farouche et éclectique Martha Argerich (née en 1941), Maurizio Pollini (né en 1942), exemple frappant de maîtrise absolue du clavier auquel il est parfois reproché une certaine distance émotionnelle, signe d'une rigueur musicale qui refuse de se compromettre avec la sensiblerie et dont l'enregistrement du Premier Concerto reste une référence, Krystian Zimmerman (né en 1956), le plus jeune primé de ce concours en 1975, se distinguant par l'élégance, la finesse et l'intelligence de son jeu. Celui-ci eut la chance de se perfectionner auprès de l'indémodable Arthur Rubinstein (1887-1982) qui possédait ce don rare de faire parler et chanter chaque note et légua une interprétation "idéale" de Chopin (Max Loppert), perfectible dans sa virtuosité mais imprégnée d'une éloquence à la fois passionnée et contenue et d'une aristocratique poésie.

  

Carine Seron

Université libre de Bruxelles

(brochure "Chopin 2010 en Belgique")

 

 

 

Posté par Carmen Desor à 21:39 - - Commentaires [5] - Permalien [#]

Il avait la funeste habitude...

 

DSCN6387

 

"C'était déjà un tableau inoubliable de le voir assis au piano, pareil à un voyant perdu dans ses songes ; de voir comment le songe créé par lui se traduisait dans son jeu et comment, chaque morceau fini, il avait la funeste habitude de parcourir d'un doigt toute l'étendue du clavier glissando comme pour se dégager puissamment de son songe."

 

Robert Schumann

 

 

 

 

Posté par Carmen Desor à 00:17 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

19 janvier 2017

A quatre mains, poème de Dominique Hilloulin

 

 

425 Varsovie Cimetière Powazki Emilia Chopin 01

 

À QUATRE MAINS


- 10 Avril 1827* –

« Emilia ! Emilia ! Oh, non, petite sœur !... »
Il n’en dira pas plus devant la stèle ouverte
Comme plaie de chagrin, béante ! Découverte
Du premier coup du sort, injuste punisseur.

Fryderyk, dix sept ans, mure son émotion,
Scellant ce mal terrible au fond de sa poitrine,
Cherche par quel talion la Parque vipérine
Se venge d’une enfant dont la disparition

Dans la fleur épanouie du bel espoir du fruit
Parfumera longtemps le bouquet de ses notes :
Même feue, Emilia posera ses menottes
Au piano,
chaque jour,
à quatre mains,
sans bruit !

 

DSCN4963 - Copie

Emilia Chopin


Dominique Jean HILLOULIN
(12/01/2017)
(texte protégé, @tous droits réservés)
d’autres œuvres de l’auteur ici : site de motsdesoie-Jimdo

 

Posté par Carmen Desor à 00:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

17 janvier 2017

Découverte d'un nouveau daguerréotype de Chopin

 16113294_1426045890739840_4564683138962287804_o

Communiqué de presse Sion, Suisse, et Paris, France, 16 janvier 2017

Découverte d’un très probable portrait photographique inédit de Frédéric Chopin (1810-1849)

Surprise de taille et émotion dans le monde du piano classique ! Une image inédite et du plus grand intérêt a été découverte chez un particulier par un fin connaisseur de Frédéric Chopin, M. Alain Kohler, un physicien suisse. Celui-ci a mené une enquête approfondie avec M. Gilles Bencimon, Radio France Internationale, lui-même passionné du musicien. Les deux chercheurs sont arrivés à la conclusion qu’il s’agit selon toute vraisemblance d’une reproduction photographique d’un daguerréotype inconnu jusque-là de Chopin. Certainement effectué vers 1847 dans l’atelier de Louis-Auguste Bisson, ce cliché ne serait que le troisième portrait photographique connu du compositeur. M. Alain Kohler n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il avait découvert il y a deux ans, chez son propriétaire allemand, le piano à queue Pleyel n°11265 qui fut celui de Chopin à l’hiver-printemps 1844-45 au Square d’Orléans à Paris.

Deux photographies connues à ce jour

Des deux daguerréotypes originaux de Chopin, perdus pendant la seconde guerre mondiale, on ne connaît que des reproductions. Pris entre 1840 et 1845, le premier est d’une qualité relativement médiocre. Réalisé vers 1847, le deuxième, universellement connu, montre le pianiste psychologiquement tourmenté et physiquement marqué par la maladie. On sait qu’il fut réalisé dans l’atelier parisien de Louis-Auguste Bisson.

Découverte chez un particulier

Un pur hasard est à l’origine de cette découverte. C’est lors d’une rencontre avec un particulier mélomane qu’en discutant dans son salon, M. Kohler remarque au mur l’image troublante d’un personnage encore assez jeune, élégant et au visage sombre. Familier de longue date avec les portraits de Chopin, M. Kohler fait immédiatement le rapprochement et s’interroge. Conscient que l’image est inconnue de l’iconographie chopinienne, il convainc son propriétaire de l’autoriser à faire une copie du document en vue de l’étudier attentivement. Il contacte alors plusieurs spécialistes dans différents domaines et se fait activement aider par M. Gilles Bencimon pour tenter d’authentifier le document.

Eléments concordants, présomption renforcée

Des comparaisons minutieuses avec d’autres portraits du compositeur - photographiques, peints, dessinés, sculptés - sont effectuées parallèlement par Messieurs Kohler et Bencimon. La confrontation des analyses poussées, tant dans l’aspect général que dans les moindres détails (pris isolément puis de nouveau rapportés à l’ensemble, à l’appui des connaissances), laisse bientôt peu de place au doute : physique, expression, vêtements, marques distinctives, proportions et jusqu’au décor visible, permettent d’aboutir à la quasi- certitude qu’il s’agit bien de Chopin !

Eventualité d’un faux peu crédible

Dans le cadre - qui n’a pas été négligé - d’une étude critique du cliché (non original), il a été envisagé par Alain Kohler et Gilles Bencimon de l’éventualité d’une reproduction picturale destinée à simuler une nouvelle photographie de Chopin. Or l’analyse objective point par point des différents paramètres - convergences et divergences entre l’image inédite et le cliché « officiel » bien connu de Louis-Auguste Bisson, non moins que la technique elle-même et la texture du document, sans en exclure l’aspect sensible - permet aujourd’hui de penser qu’un faux est hautement improbable.

Un troisième daguerréotype

Il est notamment constaté qu’à l’évidence l’image découverte, possiblement recadrée, présente un décor identique à celui du célèbre daguerréotype de Chopin par Bisson, non moins que d’autres portraits anonymes réalisés par le photographe : nous serions donc bel et bien en présence d’une reproduction photographique tout au moins d’un second daguerréotype de Chopin pris dans ce même atelier parisien toujours vers 1847, soit à une époque où le musicien porte ostensiblement - au physique et au moral – les stigmates de la maladie et l’abattement. On insiste sur cet aspect particulièrement commun aux deux clichés. Si Chopin lui-même ne mentionne pas l’existence de daguerréotypes dans sa correspondance connue, il n’en est pas de même pour son élève et amie Jane Stirling (1804-1859) qui y fait explicitement référence, sans toutefois pouvoir identifier précisément les portraits évoqués après la mort du maître dans une lettre à sa soeur Ludwika Jedrzejewicz :

 « Dites à la chère Mère que les daguer. sont vraiment trop laids – ils ne ressembleront nullement à lui et à elle » (9 février 1850).

Une énigme demeure

L’original du très probable troisième daguerréotype de Chopin mis au jour a-t-il également disparu comme les deux autres déjà répertoriés ? Malgré leurs efforts et après avoir consulté diverses personnes et institutions autorisées, Messieurs Kohler et Bencimon, qui souhaitent faire partager cette découverte aux nombreux admirateurs du musicien à travers le monde, n’ont pu trouver trace d’un tirage original. A cet égard, ils restent ainsi ouverts à toute information susceptible d’en favoriser la localisation, voire, à défaut, la traçabilité.

Adresses de contact et références

Pour la Suisse : Alain Kohler, Sion, alain.kohler@tsv2net.ch

Pour la France : Gilles Bencimon, Paris, gb.chopin2016@free.fr

 

+d'infos: http://www.institutpolonais.fr/#/event/1731

  • Un nouveau daguerréotype représentant Chopin ?
  •  

Posté par Carmen Desor à 23:55 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : ,

02 janvier 2017

Programme du concert du 16 février 1848

 Programme du concert de Chopin du 16 février 1848 dans les Salons Pleyel

programme 16 février 1848

 

salle_pleyel_rochechouart

Salons Pleyel rue Rochechouard à Paris

En 1839, la Maison Pleyel transfère ses magasins de la rue Cadet à la rue Rochechouard au n° 20 à Paris dans un magnifique local, où elle réunit ses principaux ateliers, une vaste galerie et des salons qui offriront au public la plus grande latitude pour le choix des instruments.

 

 

Posté par Carmen Desor à 20:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

30 décembre 2016

Passerelles... poème de Dominique Hilloulin

Voici un magnifique poème que Dominique Jean Hilloulin m'a fait parvenir. J'ai le grand plaisir de le reproduire ici.

DSCN6479 - Copie

PASSERELLES…

George Sand, accoudée au Pleyel, suit les mains
Cherchant la note bleue sur les touches de moire,
Lentes suites d’accords égrenés sur l’ivoire…
Chopin est au piano ! Soucieux des lendemains,

Si malade déjà, souffreteux, déclinant,
Solennel comme l’est l’atmosphère tragique
De ce Nocturne Treize, austérité magique
Dans un ornement simple au tempo alternant.

Ce soir, cercle d’amis dans un salon privé,
Fryderyk Franciszek ouvre des passerelles,
Tristes mélancolies et fuite intemporelle,
Temps de recueillement vers un monde rêvé.

Il va voler le temps qui, dans l’obscurité
De la nuit musicale hisse l’imaginaire
D’auditeurs éveillés aux octaves lunaires
Et gomme les contours de la réalité :

Des basses ondulées ou des accords brisés,
Profonds soubassements d’une douleur intense,
S’amplifient librement, chef d’œuvre de violence
Domptée dans un opus aux tourments apaisés

Dès que la mélodie, par un souffle léger,
Poussée tel un esquif dessus de sombres vagues,
Tempère l’émotion de l’âme qui divague
Et finit, longue plainte, en calme passager.

Avant de saluer, Chopin mime un balai
Du revers de la main, comme effaçant le rêve
En chassant sa buée, insaisissable, brève,
Ineffable moment romantique, relai

Vers de lointaines voix qui parlent aux poètes !

Dominique Jean HILLOULIN
(10/12/2016)
(texte protégé) (contact auteur:yesblue@wanadoo.fr)

@tous droits réservés

 

sand3sand4

 

 

 

 

Posté par Carmen Desor à 23:27 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

18 janvier 2016

L'Université de musique Fryderyk Chopin à Varsovie

 

DSC01807

Conservatoire façade

L'Université de musique Fryderyk Chopin à Varsovie reçut son nom actuel en 2008 (avant cette date, elle s'appelait l'Académie de Musique). C'est la plus ancienne école de musique de Pologne. Avant 1939, le site actuel était occupé par un cirque.

Dans la bibliothèque de l'université se trouve "l'Edition Nationale" complète des oeuvres de Chopin, publiées avant la guerre par Ignacy Paderewski, Ludwik Bronarski et Jozef Turczynksi, ainsi qu'une édition moderne publiée par le pianiste Prof. Jan Ekier. Les deux éditions sont admissibles pendant les Concerts Chopin Internationaux.

La bibliothèque comprend également l'ensemble le plus important au monde de manuscrits par Ignacy Paderewski, grand admirateur de Chopin.

Dans la cour intérieure du Conservatoire se trouve un magnifique buste de Chopin par Max Biskupski, portant l'intitulé "Serce Chopina" (le coeur de Chopin).

 

DSC01812

 DSC01805

 

DSC01809

 

DSC01808

 

DSC01806

 

 

 

08 novembre 2015

Chopin, vu par Ernest Legouvé

  

Le génie [de Chopin] ne s'éveillait guère qu'à une heure du matin. Jusque-là, il n'était qu'un pianiste charmant. La nuit venue, il entrait dans le groupe des esprits aériens, des êtres ailés, de tout ce qui vole et brille au sein des demi-ténèbres d'une nuit d'été."

 

Ernest Legouvé, Soixante Ans de souvenirs, Ed. Hetzel, Paris, 1886

 

Description de cette image, également commentée ci-après

E.Legouvé vers 1875 par Nadar

 

 

Posté par Carmen Desor à 23:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

06 novembre 2015

La nuit où Chopin devint célèbre - ouvrage de Piotr Witt

 

J'aimerais vous informer de ce livre par Piotr Witt (historien, critique d'art, écrivain et journaliste) sorti fin septembre 2015 et préfacé par Rafal Blechaz (Premier Prix du Concours Chopin 2005)

Couverture Piotr Witt

Le livre comporte des résumés en 10 langues étrangères.

Sur le site de l'éditeur, il y a la table des matières en français (cliquer sur "spis tresci")

Voir aussi le Facebook de l'éditeur
 

  Piotr Witt

 

Une rencontre en français avec l'auteur précédera le concert de CRACOW DUO - jeudi 12 NOVEMBRE 2015 à 20h30

Couvent Dominicain de l'Annonciation Salle Albert Legrand

 

222 rue du Faubourg St Honoré 75008  PARIS - Metro : Ternes, George V, Etoile

 

Réservation des places obligatoire par mail lesconcertsdu222@orange.fr

 

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

Witt, Piotr : "Przedpiekle sławy : rzecz o Chopinie". En polonais.

 

                                     [Chopin : limbes de la gloire]

 

1ère éd. Varsovie ( Warszawa) 2010 . Livre publié et financé par le Ministère de la Culture et du Patrimoine National Polonais ( Ministerstwo Kultury i Dziedzictwa Narodowego-MKiDN)

 

2ème éd. Varsovie ( Warszawa) 2015. Publié par DiG. Avec la préface de Rafał Blechacz.

 

  

 

Piotr Witt : Historien, critique d'art, écrivain et journaliste. Ancien rédacteur dans la revue Sztuka [L'Art]. Ancien rédacteur et présentateur des nouvelles culturelles à la télévision polonaise. Commentateur à Radio Free Europe (ca 3000 émissions). Auteur des titres, entre autres : Vierge de Czestochowa, en tant q’une idée politique (Université de Lille, 1989),"Ambassade de Pologne : Hôtel de Monaco" (Flammarion, 2005). Vit à Paris.

 

 

 

Résumé

 

Un succès éclatant va transformer la vie de Chopin en France : c’est celui de la nuit où il devint célèbre.

 

Si les premiers mois de sa vie à Paris ne sont pas connus, par contre, à partir de cette nuit, chacune de ses apparitions publiques sera annoncée, rapportée et commentée par la presse, chaque geste, chaque mot sera enregistré par ses élèves ou par les échotiers.

 

Qu’a-t-il fait à son arrivée ? Où a-t-il habité ? Comment a-t-il vécu ? On ne connait là-dessus que des légendes imprécises, sans doute fausses : les pauvres n’ont pas d’histoire.

 

Pourtant, la période précédant son triomphe mérite d’être mieux connue. Car c’est au cours de ces mois-là que, candidat malheureux à un métier de concertiste, il va se transformer en un professeur de piano recherché à prix d’or ; un compositeur à qui on a voulu faire exécuter des opéras et des œuvres grandioses va devenir l'auteur d’études brillantes, de préludes, de nocturnes et de mazurkas joués pour l’élite aristocratique et connaisseur dans les premiers salons de Paris. (P.W.)

 

 

 

LA NUIT OU CHOPIN DEVINT CÉLÈBRE

 

C’est tout récemment seulement qu’il a pu être établi de façon certaine, que le concert parisien de Chopin, qui propulsa le génial musicien sur les sentiers de la gloire, n’eut pas lieu là où on le pensait. En réalité, il se déroula au Faubourg Saint-Germain dans le célèbre Hôtel de Monaco qui abrite aujourd’hui l’Ambassade de la République de Pologne en France.

 

On doit cette découverte capitale à Piotr Witt, historien polonais réputé, auteur d’une étude remarquable sur l’Hôtel de Monaco.

 

Jusqu’à Piotr Witt, il était communément admis que le succès de Chopin, dans la société parisienne de la Monarchie de Juillet, était dû au concert qu’il aurait donné chez les Pleyel, le 25 ou le 26 février 1832, les auteurs divergeant sur la date exacte.

 

Witt, Piotr : "Przedpiekle sławy : rzecz o Chopinie". En polonais. [Chopin : limbes de la gloire]

 

Varsovie ( Warszawa) 2015. Publié par DiG. Avec la préface de Rafał Blechacz.

 

 

 

La salle Pleyel n’existait pas encore et ce concert privé en appartement, n’avait pour but principal, sinon exclusif, que de valoriser la production du fabricant de pianos, «Monsieur Chopin de Varsovie» n’étant qu’un faire-valoir intervenant à titre complémentaire.

 

Le musicien resta d’ailleurs, après ce concert chez les Pleyel, aussi pauvre et inconnu qu’il l’était avant la soirée.

 

Comme tous les Parisiens de l’époque, il dut subir la terrible épidémie de choléra qui fit quelques vingt mille victimes. La capitale fut ainsi pratiquement désertée jusqu’à la fin de l’année 1832 et Chopin, au bord de la misère, pensa quitter la France pour tenter sa chance en Amérique.

 

Un événement heureux le fit changer d’avis car, en janvier 1833, il se réjouit auprès d’un ami de gagner désormais très confortablement sa vie avec un revenu quotidien de 100 francs/or par jour soit l’équivalent de plusieurs centaines d’euros d’aujourd’hui.

 

Que s’était-il donc passé pour que le jeune Polonais au nom français passe subitement de la gêne et du besoin à une certaine opulence ? La réponse est simple: le prestigieux concert qui eut lieu en l’Hôtel de Monaco le 30 décembre 1832.

 

L’Hôtel de Monaco était alors le siège de l’Ambassade d’Autriche. Des fêtes somptueuses s’y déroulaient où la musique tenait une place essentielle. La Comtesse Apponyi, épouse de l’Ambassadeur, une Italienne, avait voulu faire de ce petit palais Brongniart, un véritable temple des arts, des lettres, de la culture et du goût.

 

Elle y réussissait pleinement.

 

Participer dans un tel contexte au somptueux «Concert du Nouvel An», dont on sait l’importance et l’éclat qu’il revêt chez les Autrichiens chaque année à Vienne, était pour le jeune pianiste polonais inconnu une occasion unique d’accéder à la célébrité. Sous la baguette du déjà illustre Rossini, Chopin se retrouva sur le devant de la scène aux côtés du baryton Tamburini, du ténor Rubini et de la cantatrice Grisi, les plus belles voix de l’époque entourées du meilleur choeur, celui du Théâtre Italien.

 

Devant l’auditoire le plus exigeant d’Europe, Chopin réussit brillamment son examen de passage aux côtés d’un autre «monstre sacré» de la musique: Franz Liszt.

 

Se produire en 1832 à l’Ambassade d’Autriche, dans les superbes et merveilleux salons de l’Hôtel de Monaco, était alors pour un jeune musicien l’équivalent d’un premier concert aujourd’hui à Carnegie Hall, à Covent Garden, au Théâtre des Champs-Elysées, ou encore à l’Opéra de Monte-Carlo.

 

En fixant la date de la lettre écrite par Chopin à un ami une semaine après ce mémorable concert, lignes dans lesquelles Chopin se réjouit de sa réussite, Piotr Witt a sorti de l’oubli du temps ce concert de référence, dont personne ne parla depuis, mais qui fut bien le «détonateur» de la réussite et de la prodigieuse carrière de Chopin.

 

Christian Charlet, historien. In : le Programme du Concert exceptionnel à l’Opéra de Monte Carlo, le 24 février 2010

 

 

L’auteur a fait une découverte vraiment essentielle, qui change des certitudes établies jusqu’à maintenant, sur la date et le lieu précis du premier vrai succès de Chopin, celui  qui allait décider de sa gloire. Il raconte cette histoire de façon fascinante. Un tableau étincelant et riche en couleurs du Paris des années 1830 : excellente connaissance des prix des appartements,  du pain et des repas… (...) Les qualités du livre de Piotr Witt font qu'il peut intéresser même ceux qui n’entendent rien à la musique.

 

Andrzej Dobosz -  écrivain, critique littéraire



Posté par Carmen Desor à 21:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

03 novembre 2015

Chopin, vu par Solange Sand

 

"L'âme d'un ange, jetée sur terre dans un corps meurtri, pour accomplir une mystérieuse

rédemption. Est-ce parce que sa vie a été une agonie qui dura 39 ans, que sa musique est

si élevée, si douce, si majesteuse ?"

 

Solange Sand-Clésinger

Solange Clésinger

 

 

Posté par Carmen Desor à 22:55 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :